Escargot de Bourgogne (Helix pomatia) et escargot turc (Helix lucorum): apprendre à les distinguer ! 6


La situation climatique que nous connaissons avec des printemps particulièrement pluvieux se prête parfaitement à l’exercice que nous vous proposons: apprendre à distinguer deux escargots l’un étant une espèce indigène, l’escargot de Bourgogne (Helix pomatia) et l’autre une espèce exotique, l’escargot turc (Helix lucorum).

Capture d'escargots de Bourgogne pour comptage.

Élémentaire de les distinguez me direz vous ? Pas si simple car les deux espèces ont à l’âge adulte une taille comparable, des aires de répartitions géographiques qui se chevauchent dans plusieurs pays d’Europe, co-habitent désormais dans de nombreuses régions françaises et enfin s’accouplent de façon comparable par accolement de la sole pédieuse.

L’escargot de Bourgogne (Helix pomatia)

L’escargot de Bourgogne est une espèce indigène de Bourgogne notamment. En l’an 1900, une pétition signée par 500 marchands d’escargot fut présentée au conseil municipal de Paris pour obtenir un plus grand emplacement aux Halles Centrales où il s’en vendait plus de 1 200 000 kg par an ! Dijon était alors un des principaux centres d’expédition: une maison dijonnaise vendait à elle seule environ 3 000 000 de spécimens par an ?

Escargot de Bourgogne (Helix pomatia)

A l’âge adulte, on le reconnait grâce à sa très grande coquille globuleuse, épaisse, ocre à blanc crème avec des stries d’accroissement, d’une taille de 40 mm de hauteur et de 41 mm de diamètre.

Cette espèce fait l’objet d’une protection réglementaire nationale sur le territoire français.

L’escargot turc (Helix lucorum)

Introduit en 1883 dans les jardins proches de Lyon, il est resté longtemps cantonné dans ce secteur localisé. Désormais, il est signalé en Haute Provence, dans les Alpes, l’Ariège, l’Aude, le Cantal, le Vaucluse, la Charente maritime et aujourd’hui la Côte d’Or.

Escargots turcs (Helix lucorum)

Sa coquille à l’âge adulte mesure 45 mm de hauteur et 35 mm de diamètre. Elle est globuleuse et présente des stries brunes irrégulières. Cette espèce originaire du Sud-Est de l’Europe s’acclimate désormais dans nos régions.

Les deux espèces peuvent-elles se croiser ?

A notre connaissance, il n’a pas été signalé d’observation d’hybrides. Pour savoir si le croisement est effectivement possible, il faudrait réaliser des élevages d’individus isolés de chaque espèce et les mettre en couple au moment de la reproduction comme l’ont fait Monsieur Lucien GOMOT et Madame Annette de VAUFLEURY pour le petit gris (Helix aspersa aspersa) et le gros gris (Helix aspersa maxima)

L’escargot turc est-il une menace pour l’escargot de Bourgogne ?

Il semble que la réponse soit négative mais la situation mérite surveillance car l’espèce exotique gagne peu à peu l’ensemble du territoire national métropolitain. Mais comment ? A ce sujet il serait intéressant de connaître par analyse de l’ADN mitochondrial, les parentés génétiques de cette espèce qu’on hésite toujours encore à qualifier d’invasive. Rien n’indique qu’il ne s’agisse pas d’adaptation de cette espèce au cours du temps, peut être favorisée par l’évolution climatique.

Il semble aussi que l’escargot dispose d’une capacité de franchissement d’obstacles verticaux supérieure à celle de l’escargot de Bourgogne observations fréquentes de spécimens montants très haut le long de murs verticaux d’immeubles)

Il serait également intéressant de suivre la répartition et le comportement de ces deux espèces qui co-habitent désormais dans bien des régions françaises: choix alimentaires et compétition, cycle d’activité, reproduction.

Nous invitons naturellement tout internaute à alimenter cet article par tout commentaire ou observation.

Cet article est rédigé sur la base d’une contribution conjointe de Madame Annette de VAUFLEURY (annette.devaufleury@univ-fcomte.fr) du laboratoire de Chrono-environnement de l’Université de Franche Comté à Besançon et de Monsieur Lucien GOMOT, Président de l’Association de Sauvegarde de l’Escargot de Bourgogne et de Promotion de l’Escargot Fermier (ASEBPEF), également membre de Forestiers du Monde®. Nous tenons ici à les remercier.

 Une première réponse ministérielle

Les commentaires reçus sur notre site suite à la publication de cet article nous ont conforté dans l’idée que le sujet de l’expansion de l’espèce exotique Helix lucorum méritait d’interpeller l’Etat officiellement. Vous trouverez ici le courrier du ministère de l’Ecologie daté du 27 juillet 2015 reçu ce jour. Affaire à suivre donc…

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6 commentaires sur “Escargot de Bourgogne (Helix pomatia) et escargot turc (Helix lucorum): apprendre à les distinguer !

  • Lilian Leonard

    Bonjour,
    J’aimerais avoir des précisions sur cet élément « Désormais, il est signalé en Haute Provence, dans les Alpes, l’Ariège, l’Aude, le Cantal, le Vaucluse, la Charente maritime et aujourd’hui la Côte d’Or. »
    Avez- vous des sources pour ces informations? Des publications ou autres?

    Cordialement

    Lilian LEONARD
    Chargé de mission – Malacologie
    Service du Patrimoine Naturel du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris
    e-mail: lilian76280@gmail.com

    • Jean Noel CABASSY Auteur de l’article

      Lilian, bonjour,
      Merci pour l’intérêt porté à notre publication sur le sujet. L’article a été rédigé il y a déjà quelques années (2009, 2010 ?) sur notre précédent site Internet. De mémoire, les informations avancées proviennent d’une synthèse des données recueillies par lectures croisées de différents articles sur Internet puis d’observations réalisées à l’occasion de déplacements privés des membres bénévoles de Forestiers du Monde® comme ce fut notamment le cas pour la Côte d’Or (siège fondateur de Forestiers du Monde®). C’est d’ailleurs à l’occasion d’observation de cette espèce en Côte d’Or que l’idée de faire un article sur le sujet avait germé.
      Notre ambition est qu’une campagne nationale annuelle d’observation de ce mollusque soit engagée sous l’égide du MNHN. Il nous parait relativement simple de demander à ce que les services forestiers procèdent à tout signalement d’observation de cette espèce exotique afin de savoir déjà comment elle progresse et à quel rythme. Reste ensuite à étudier son impact sur la flore locale et vis à vis de l’espèce Helix pomatia. Dernière donnée: nous avons observé la grande capacité de ce mollusque exotique à monter très haut sur des murs verticaux et donc à franchir des obstacles (comme en ville par exemple au sein de laquelle il semble se plaire) contrairement à notre escargot de Bourgogne plutôt forestier.
      Bref, une fois encore, c’est un vrai sujet d’étude. Forestiers du Monde® reste naturellement prête à contribuer dans la mesure de ses moyens à toute étude sur ce sujet.
      Salutations forestières citoyennes.

      Jean-Noël CABASSY Forestiers du Monde®

  • Sadaillan Robert

    J’ai observé des escargots turcs il y a plus de 20 ans à Cavaillon dans le vaucluse ( ils étaient sur des branches d’oliviers),j’en ai depuis dans mon jardin où ils prolifèrent beaucoup.

    R. Sadaillan

    • Jean Noel CABASSY Auteur de l’article

      Robert, Bonsoir,

      Merci pour votre commentaire qui confirme la présence de l’espèce Helix lucorum dans le Vaucluse. Il faudrait aussi connaître la position officielle de l’Etat français sur le sujet. Que faire en sa présence ?
      Nous allons adresser une demande officielle et nous publierons la réponse sur notre site.

      Salutations forestières citoyennes.

      Jean-Noël CABASSY Forestiers du Monde®

  • chicot

    bonsoir je voulait juste vous signaler qu’en région parisienne (Rueil Malmaison et bezons ) j’ai ramasser des escargots turc dans un terrain en friche

    • Jean Noel CABASSY Auteur de l’article

      Bonsoir et merci pour votre signalement. Des données nous sont régulièrement adressées tendant à démontrer que l’espèce est désormais présente dans de nombreuses régions françaises métropolitaines.
      Salutations forestières citoyennes.

      Jean-Noël CABASSY Forestiers du Monde®