Une école, une forêt ou comment bâtir aujourd’hui dans le monde les forêts biodiverses de demain


A l’échelle planétaire, les forêts couvrent plus de 29% de la surface terrestre. Les constats planétaires en matière forestière sont aujourd’hui tirés. Selon de World Resources Institute, 80% de la couverture forestière mondiale originelle ont été abattus ou dégradés au cours des trente dernières années. Mais les situations européennes et mondiales sont-elles comparables ?

Aperçu de la situation forestière européenne

Si 98% des forêts originelles y ont été abattues, l’Europe compte cependant plus de 1 000 millions d’hectares de forêts réparties sur 44 pays. Mais ce constat est généralement présenté sous un jour bien plus favorable puisque l’on préfère généralement indiquer que les forêts européennes (Russie exclue) qui ne représentent que 5% du total des forêts mondiales, sont gérées de la manière la plus intensive du monde.

Mais si la situation en matière de production des surfaces forestières consacrées est satisfaisante (les surfaces consacrées au boisement augmentent de 510 000 hectares nets par an), il reste encore à progresser nettement en terme qualitatif, autrement dit en terme d’écologie à stopper l’érosion de la biodiversité dont la forêt est souvent l’ultime refuge. Rien que pour la France que l’on aurait tort de croire en situation favorable, la lecture de l’inventaire de la faune menacée – dit livre rouge – est particulièrement instructive : y font l’objet d’une monographie 169 vertébrés et 181 invertébrés ! Quant à la flore sauvage, son appauvrissement croissant constaté depuis le milieu du XIXe siècle a amené les autorités à dresser dès 1982 la liste nationale des espèces protégées sur l’ensemble du territoire métropolitain. Des listes régionales seront ensuite, à leur tour, publiées.

 

Aperçu de la situation forestière mondiale

Au plan mondial, la situation est encore plus grave : ce sont cette fois les deux indicateurs principaux qui sont au rouge : les surfaces forestières régressent (indicateur quantitatif). On estime que 150 000 km² de forêts, soit l’équivalent de l’Angleterre et du Pays de Galles, sont détruits ou dégradés chaque année ! L’Afrique est aujourd’hui le continent le plus touché par la déforestation. L’équivalent de la surface de Paris est rayé de la carte chaque jour. A ce rythme, en 2050, la forêt y aura complètement disparu.

La biodiversité s’érode à un rythme jamais atteint (indicateur qualitatif). On estime que le déboisement tropical est à lui seul responsable de la perte de 27 000 espèces chaque année ! Gardons présent à l’esprit que sur 8 km² de forêt humide, on rencontre 1500 espèces de plantes à fleurs, 750 espèces d’arbres, 150 espèces de papillons, 125 espèces de mammifères, 400 espèces d’oiseaux, 100 espèces de reptiles et 60 d’amphibiens.

 

Des réponses existent, des critiques aussi

Les Organisations Non Gouvernementales Environnementales (WWF, GREENPEACE, etc.) font un véritable travail d’information citoyenne, assurant un lobbying environnemental auprès des institutions internationales dont l’ONU, l’Union Européenne, afin de développer  des programmes visant à limiter la perte des surfaces forestières et la disparition des espèces vivantes de notre patrimoine commun.

Les critiques généralement émises à l’encontre des grands programmes nationaux ou internationaux de reboisement ou des opérations lancées à grand renfort de médias se résument à l’absence d’adaptation des essences sélectionnées pour le reboisement, au caractère généralement mono spécifique des reboisements à grande échelle, à la sélection des seules essences à croissance rapide en mesure de capter le carbone de l’air, à l’absence d’information et d’implication des populations locales, ce qui conduit à la spoliation de terres agricoles ou de pâturages destinés à la subsistance des communautés locales.

Enfin, ces programmes de reboisement de grande envergure dans les pays du sud ne servent-ils pas tout simplement d’alibi aux riches pays pollueurs du Nord qui prétextent vouloir sauver la planète ?

 

La proposition-réponse de Forestiers du Monde®

Si le travail et la vigilance des ONGE doit être poursuivi au profit de tels programmes qui méritent bien souvent le qualificatif de sylvicoles et non pas de forestiers, Forestiers du Monde® prône une démarche pédagogique. Face au gigantisme, elle suggère des projets dont les coûts sont les plus faibles possibles (souvent limités à l’achat du plan local des plants forestiers d’essences adaptées). Face à la spoliation des droits des populations locales, elle prône que les créations forestières soient engagées par les écoliers qui n’en doutons pas seront les meilleurs gardes forestiers du monde.

Ainsi conçues, ces créations forestières pédagogiques biodiverses sont le fruit des seules décisions des communautés locales. Il leur appartient de rechercher le terrain sur lequel leur nouvelle forêt sera bâtie, d’en définir la surface, de sélectionner les essences forestières locales qui seront implantées au regard de l’objectif de développement optimal de la biodiversité ordinaire, d’impliquer les écoliers afin qu’ils réalisent eux-mêmes les plantations et le futur plan de gestion de la forêt ainsi installée.

A ce titre, Forestiers du Monde® promeut la création et l’animation par des citoyens natifs du pays des représentations nationales (Forestiers du Monde® – Cameroun, Forestiers du Monde® – Madagascar, etc.) qui sauront intervenir au regard des contextes locaux, gage de réussite des projets.

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Convaincus qu’une première création forestière pédagogique biodiverse suscitera l’émergence d’autres projets avec d’autres écoliers, nous portons l’espoir que ce soit ainsi toutes les générations d’écoliers qui bâtissent leurs forêts et apprennent à les gérer.

 

Bâtir des forêts pédagogiques biodiverses en France puis dans le monde entier

Bâtir des forêts pédagogiques biodiverses est une réponse durable pertinente à la déforestation et à la perte de biodiversité ordinaire parmi d’autre. Il s’agit bien de reconquérir à l’échelle de générations, avec les communautés locales et à leurs rythmes, les surfaces forestières perdues au fil des décennies.

Les premières créations forestières pédagogiques biodiverses ont été réalisées en France sur les communes de Pasques (année scolaire 2003-2004) et Ouges (année scolaire 2004-2005). Un guide pédagogique gratuit à l’attention des professeurs, des élus et des écoliers intitulé « Bâtir la forêt. Ensemble luttons contre l’effet de serre » (consultable sur notre site internet et adressé par voie postale sur simple demande) est alors publié. Depuis l’idée fait son chemin et la démarche se développe ; de nouveaux projets émergent chaque année : commune de Premeaux-Prissey (année scolaire 2006-2007), commune d’Arleuf (année scolaire 2007-2008), commune de Villier la Faye (année scolaire 2008-2009), commune de Belleu (année scolaire 2008-2009), etc.

Désormais, avec la création en 2010 de Forestiers du Monde® – Madagascar, l’initiative essaime sur la Grande île ! Lire à ce sujet nos articles sur notre site internet www.forestiersdumonde.org.

 L’initiative trouve également écho au Cameroun, à Madagascar…

Chateaubriand écrivait « les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent ». A nous maintenant de mettre les générations futures en situation de reconquérir ces déserts !

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